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LE FIGARO N° 18880
Le Figaro économie du lundi 18 avril 2005, p.7
FIGARO ECONOMIE - TENDANCES/LIVRES


Faut-il craindre la révolte des cadres ?


« ... Les élites d'hier ne se laissent pas détrôner sans mot dire. » C'est la chute de ce petit livre concis du sociologue François Dupuy. Elle est presque menaçante. Les cadres pris au sens large, ceux-là mêmes qui étaient « les propres gardiens et messagers » du capitalisme, sont en effet dans une curieuse expectative : « Partis à la fin de la Deuxième Guerre mondiale pour gouverner l'entreprise à parité avec le capital, les cadres se retrouvent la première victime de son triomphe. »

Pour cet expert, les cadres, qu'il connaît bien - il enseigne depuis des années dans les business schools européennes et américaines -, sont, à leur tour, les perdants de la mondialisation. Car ce ne sont plus les produits, biens et services, qui sont rares mais les clients, passés en position de force aux côtés des actionnaires. Et ce couple clients-actionnaires impose désormais ses exigences croissantes de qualité et de réduction des coûts, chamboulant en profondeur l'entreprise et toute son organisation. Le marché expose ainsi au premier rang ceux chargés de défendre ses intérêts.

On est loin du simple malaise des cadres mais déjà dans l'analyse de leur riposte. Elle se dessine, une sorte d'improvisation mûrie de la part de ceux qui ont toujours appris à mettre en avant leur talent individuel. Ils ont fondé leur identité sur un travail aujourd'hui remis en question. Quand de surcroît la notion d'intérêt général de l'entreprise se perd face à la maximisation des gains de l'actionnaire, au système des stock-options des hauts dirigeants, les cadres, qui ne comptaient pas leurs heures, comptent désormais aussi leur argent.

Car la réduction du temps de travail a joué comme un « effet boomerang », analyse l'auteur. C'est la première annonce de la revanche. Devenus, sans réelle compensation, « une variable d'ajustement » des 35 heures, les cadres se les ont accaparées. C'est le « retrait offensif » après la « résistance passive », le désinvestissement face à l'entreprise sur la défensive aux effectifs décimés, incapable de croissance, « anorexique ».

Que faire face à ce jeu de cache-cache où tout le monde y perd ? C'est tout le dernier chapitre. Le sociologue reconnaît que pour les entreprises « le choix le plus fréquent est cruel : ou bien accepter de changer les façons de travailler ou bien disparaître ». Il prévient aussi : les cadres ne joueront pas contre leurs intérêts, « le contrat ne peut plus être le même ».

Toutes les méthodes de gestion des ressources humaines pour amortir le choc sont passées en revue. Pour infléchir une organisation verticale de l'entreprise vers un déploiement d'experts à l'horizontal...

Alors, « le spectre d'une révolte des cadres » est-il pensable ? Si l'on croit comprendre, leur réponse serait à la fois moins brutale et plus réaliste. Il s'agit d'une sorte de protection rapprochée, d'une forme de fuite organisée. Quand, de leur côté, certaines sociétés, « même si ce n'est pas dicible pour le moment », songent tout simplement à fonctionner sans management.

Rien ne prouve que ce nouvel ordre économique sera radieux, met en garde François Dupuy. De surcroît, ne pas le préparer risque de coûter très cher aux entreprises.

La Fatigue des élites, le Capitalisme et ses cadres, de François Dupuy, La République des idées, Le Seuil, 10,50 Euro.

Laurence Chavane
© 2005 Le Figaro. Tous droits réservés.
Doc. : news.20050418.LF.20050418x2FIG0240

Catégorie : Économie
Sujet(s) uniforme(s) : Littérature et livres
Sujets - Le Figaro : CADRE; LIVRE
Type(s) d'article : ARTICLE
Taille : Moyen, 397 mots

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